Trouble du désir sexuel, est-ce grave docteur ?

…Entre le « non, pas ce soir j’ai la migraine » et « chérie, j’ai trop de travail en ce moment, je perds mon envie… », c’est une question de nuances !

Par G. Van Der Meersch, Sexologue

«Depuis 3 mois je n’ai plus d’envies », «voilà un an que ma femme ne veut plus qu’on fasse l’amour », « ça fait 8 semaines que mon mari s’endort sans qu’on fasse quoi que ce soit, il ne me regarde plus, ne me touche plus, il dit qu’il a beaucoup de travail, vous pensez qu’il me trompe ? », « Chaque soir c’est pareil, je rentre du travail, nous mangeons, nous regardons la TV et nous montons dormir sans qu’il ne se passe rien. Elle me dit qu’elle n’est pas bien et passe son temps à lire jusqu’à des heures interminables sans se soucier de moi », « Depuis que notre enfant est né, on n’a plus de relations sexuelles, il y en a que pour lui, or il a 5 ans, je n’en peux plus… », « Quand j’avais 16 ans, j’ai été victime d’un viol, depuis, je n’ai jamais eu de désir pour un homme »…sont des déclarations que nous pouvons entendre dans notre cabinet de consultations avec bien souvent la question qui suit : « vous pensez que c’est grave ? On peut traiter cela ? ». Et dans bon nombre de cas, le patient devrait s’entendre dire : « le plus important est d’en parler, de nommer votre difficulté et je vous rassure, c’est traitable ! ». Quant au qualificatif de « grave », nous émettrons beaucoup de réserve sur la subjectivité du terme. Pour une personne qui connaît un épisode de diminution, ou d’absence de désir sexuel, nous pouvons facilement admettre que cette difficulté est source de réelle souffrance pour elle (et/ou son/sa partenaire) et doit, à mon avis, être prise comme telle.

En effet que l’on soit homme ou femme, que l’on vienne de Mars ou de Venus, chacun d’entre nous peut connaître, au cours de sa vie sexuelle, une période de baisse ou d’inhibition du désir sexuel.
A l’heure où la vie humaine s’étend sur une période moyenne de 75 à 80 ans, on peut en déduire que la durée de notre vie sexuelle a, elle aussi, suivi cette évolution pouvant atteindre facilement les 50 – 60 années. Partant de ce présupposé, nous pouvons facilement imaginer qu’au cours de sa (longue) vie sexuelle, une bonne part d’entre nous est susceptible de rencontrer, à un moment donné, une difficulté (momentanée ou prolongée) sexuelle, la diminution ou l’inhibition du désir n’échappant pas à ce constat.

Mettons nous d’accord sur ce que l’on entend par « désir sexuel ». En sexologie, nous voyons immanquablement cette notion de désir comme étant une « phase » essentielle du rapport sexuel à proprement parlé, précédant la phase d’excitation, de plateau, d’orgasme et enfin de résolution (courte période qui suit l’orgasme). Cette « phase » du rapport sexuel est en quelque sorte « l’ouverture à la sexualité » précédant et transcendant les activités sexuelles. C’est également un processus motivationnel qui va permettre à chacun d’avancer dans une activité et un rapport sexuel satisfaisant. Le désir sexuel est en quelque sorte l’ensemble des stimuli subjectifs (et donc propre à toute personne) amenant chacun d’entre nous à la volonté d’avoir un rapport sexuel qui engendre une excitation sexuelle. Certains de mes confrères, à juste titre d’ailleurs, établissent un prérequis à cette phase de « désir sexuel » que l’on pourrait qualifier « d’ouverture au rapport sexuel », ou plus simplement à « l’envie d’avoir envie » !

Nous pourrions dire que le désir sexuel officie comme « appétit » sexuel. Comme pour l’art de la table, certains ont plus d’appétit que d’autres, nous mangeons régulièrement, parfois légèrement, à d’autres moments copieusement, parfois un plat « réchauffé », certains jours un plat mijoté, un restaurant, parfois même gastronomique, ou bien encore juste un « fast-food », et quelques fois, on « oublie » de se nourrir ou on y arrive pas, dû à des tracas de la vie quotidienne ou un état de santé qui nous y empêche. Le tout fait partie intégrante de notre vie contemporaine et ne semble pas « pathologique » lorsque tout cela est subtilement équilibré. Ceci devient naturellement problématique lorsqu’on mange que d’une seule manière (que du fast-food par exemple) ou plus important encore, lorsqu’on n’arrive plus à se nourrir du tout. On peut facilement imaginer que ce dernier cas est particulièrement néfaste à la santé, il en est de même pour la santé sexuelle : ne pas avoir de désir sexuel pendant une longue période est problématique (pour celui ou celle qui souhaite en avoir, il va sans dire !). Il y a donc « trouble » et « trouble » !

« Après combien de temps peut-on parler de trouble du désir » ? Il est particulièrement difficile de répondre à cette question compte tenu du fait que c’est très différent d’une personne à une autre. Ainsi, dans l’investigation clinique du thérapeute, indéniablement, trois questions seront certainement posées : la première visera la durée du dysfonctionnement au regard de ce qui prévalait (pour autant que ça soit possible) avant l’apparition du trouble, la seconde tentera d’identifier si le patient a une autre dysfonction sexuelle (trouble de l’excitation, trouble de l’éjaculation, anorgasmie, vaginisme, douleurs lors des relations sexuelles) et laquelle semble prédominante, la troisième enfin visera à savoir si le trouble du désir apparait de façon généralisée ou davantage situationnelle (qui varie d’une situation à une autre).

« Quelle est la cause d’une baisse ou d’une inhibition de désir sexuel ?». Ma première réponse sera « Comme il y a autant de façons de désirer que de désirants, les causes peuvent d’être tout aussi nombreuses !». Toutefois, en voici quelques unes, sans doute les principales, que l’on rencontre régulièrement :

Le trouble du désir secondaire à une autre dysfonction sexuelle : le (la) patient(e) présente une autre dysfonction sexuelle (trouble érectile par exemple, anorgasmie, douleurs coïtales, etc.) rendant possible une diminution voire une perte d’intérêt pour les activités sexuelles. Il sera dès lors intéressant de s’atteler d’abord au traitement de cette dysfonction… l’amélioration de la fonctionnalité sexuelle pourra améliorer le désir sexuel.

La dépression : la personne présente des problèmes dépressifs. Un traitement de la dépression, qu’il soit pharmacologique, cognitif, comportemental analytique, systémique, etc. … pourra activer le désir sexuel

La diminution de la perception des sensations corporelles : le patient « répond » de moins en moins à la sensibilisation corporelle. Certaines méthodes de sensibilisation corporelle, non génitale et génitale peuvent améliorer les sensations corporelles.

Indifférenciation des expériences sexuelles et sensuelles : la personne limite son imagination fantasmatique et sexuelle. Certaines méthodes comme l’éducation et l’information sexuelle, l’entraînement à la communication sexuelle, l’entraînement à l’utilisation de fantasmes sexuels, l’expérimentation de nouvelles activités sexuelles, l’élimination de l’anxiété de performance, la création d’un environnement plus propice à des expériences sexuelles, etc., peuvent avoir un effet positif sur le degré de désir sexuel.

Inhibition des réponses érotiques : le patient rencontre des difficultés d’appréhension de l’image corporelle, que cela soit de lui-même ou de son/sa partenaire. On tentera ici d’améliorer la perception de l’image corporelle, d’utiliser entre autre la masturbation avec fantasmes, de s’exposer à des stimuli érotiques, d’augmenter l’expression durant les activités sexuelles et d’utiliser les différents moyens pouvant contribuer à augmenter l’activation sexuelle.

L’anxiété et les peurs liées à la sexualité. Les peurs les plus fréquentes qui sont associées à la perte ou la diminution du désir sexuel seraient la peur de perdre la maîtrise de soi, la peur du sexe opposé, peur de l’intimité, etc.

Traumatisme sexuel : un certain nombre de patients ayant subi un ou plusieurs traumatismes sexuels durant l’enfance, l’adolescence ou la vie adulte, peuvent développer une difficulté de désir sexuel. Le processus thérapeutique visera donc à aider la personne par rapport à ce traumatisme en vue d’améliorer, dans un second temps, le désir sexuel.

Difficulté hormonale : dire que les dysfonctions sexuelles ne sont que « psychogènes » serait à mon sens erroné. Certaines, plus que d’autres, ont une origine « physiologique ». Fréquemment, les difficultés sexuelles ont une origine mixte (physiologique et psychogène).  La baisse ou l’inhibition de désir sexuel peut avoir pour origine physiologique une carence ou anomalie hormonale. Un traitement pharmacologique pourra être dès lors envisagé (thérapie hormonale), sur avis de votre médecin.

Pharmacologie : certains médicaments (notamment psychotropes) peuvent avoir une incidence sur le désir sexuel. Dans ce cas, votre médecin pourra vous informer sur les influences des traitements prescrits et adapter, le cas échéant, à votre santé sexuelle.

Quant à la thérapie envisagée, elle dépendra d’un sexologue à un autre, du patient à un autre, suivant que l’on soit homme ou femme, en couple ou célibataire. Certains travailleront avec le couple, d’autres en individuel.
Une première méthode thérapeutique visera à agir sur l’anxiété de performance en établissant avec le patient des attentes moins utopiques et plus réalistes par rapport à la réussite des activités sexuelles. Une seconde méthode sera davantage basée sur l’application de techniques de sensibilisation corporelle progressives non génitales et génitales en vue de diminuer l’anxiété et les réactions négatives d’un sujet par rapport aux activités sexuelles. Une troisième orientation thérapeutique tentera, elle, de mettre l’accent davantage sur l’amélioration de la qualité de vie sexuelle, par exemple en diversifiant les activités sexuelles, de découvrir les préférences sexuelles de l’autre partenaire. Une quatrième méthode thérapeutique consistera à se placer volontairement en situation d’inconfort sexuel de façon à identifier ce qui déclenche cet inconfort et de s’engager dans un processus de résolution de problème. Un cinquième moyen consistera à demander à chaque membre du couple de faire des suggestions réalistes et constructives visant à améliorer cette dimension de la vie sexuelle, d’en discuter… une sixième orientation thérapeutique mettra l’accent davantage sur la suggestion de scénarios réalistes concernant des nouvelles activités sexuelles qu’il aimerait expérimenter, de les discuter et lorsqu’il y a accord, de les mettre en application. Une septième méthode visera à discuter de l’impact du problème du désir sexuel sur le degré de confiance à l’intérieur de la relation ou bien encore sur la confiance en soi au cours des activités sexuelles. Certains thérapeutes mettront davantage l’accent sur la parole et le contenu de la pensée du patient. D’autres encore travailleront de façon plus systémique, presque exclusivement avec le couple. Certains se plongeront dans le récit de vie du patient, d’autres se focaliseront sur une sexothérapie dite « fonctionnelle »… autant de thérapies que de thérapeutes finalement !

Alors quelle que soit la méthode thérapeutique utilisée et l’orientation clinique du praticien, le plus important sera que tout(e) patient(e) puisse se sentir en confiance avec son thérapeute dès le début de la thérapie et qu’il lui soit clairement expliqué le déroulement de cette dernière, et ce, en recherchant un objectif commun, l’amélioration de sa santé sexuelle, le tout sous l’éthique et la déontologie qui fondent notre profession.

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